13 févr. 2012

Blogaventure : bientôt un mois !



Hello,

me revoilà après plusieurs jours de silence, beaucoup de froid et de boulot, un peu de repos because malade, et quelques aventures.
Bilan et perspectives, non ne sortez pas vos cahiers, je ne pars pas dans un exposé soporifique, j'avais juste envie de faire un petit bilan de ce premier mois vis-ma-vie-de-blogueuse.

Alors ces deux dernières semaines, j'ai :
- douté : dois-je parler de ça sur mon blog ? Vais-je les intéresser ? Vais-je tenir la distance ? Etape normale sans doute, nécessaire, peut-être.
- ri : beaucoup, souvent, jaune parfois, à la lecture des commentaires. Best of : "C'est pas toujours beauf, le sport" ; "Raccrochez avec la réalité, vous les journalistes !" ; "Grave bien ton blog" ; "Bizarre cette fille qui suit les politiques" ; "Vous avez rien d'autre à faire ?" ; "Merci quand même" ; Joli ptit blog, qui mange pas de pain, sympa à lire, sans plus" ; "Cé cool, fait nous rire, alleeeeeeer".
- halluciné : en franchissant la barre des 2000 pages vues. C'est trop d'honneur, merci... Le blog prend son petit rythme de croisière...
- débattu : (et pas qu'avec moi-même) : est-ce que je dois, est-ce que je peux, donner mes opinions politiques ? Dans notre travail de journaliste au quotidien, on s'abstient, en (par ?) principe. Certes, un blog est un espace perso, où je ne peux pas ne pas me livrer un minimum. Mais ce boulot ne m'oblige-t-il pas à un peu de réserve ?
- apprécié : voir ce blog prendre sa place dans ma tête et ma vie ("haaaan, mais il faut absolument que j'écrive quelque chose là-dessus") et dans celles des autres (génial quand on me dit désormais "tiens, ça, ça peut t'intéresser pour ton blog....")

Un weekend au Pays Basque plus tard (d'où la photo), mes doutes se sont envolés, l'envie de rire et de lire chaque jour des commentaires plus originaux est bien là, ainsi que l'envie de voir le compteur de visites grimper, grimper, chaque jour un peu plus... Le débat politique (le mien !) est clos. Je veux bien me moquer, ironiser,  m'étonner, m'indigner sur certains faits ou personnalités politiques (surtout celles que j'aurai la chance de croiser), mais vous ne saurez rien (de rien) de mes opinions, convictions, espoirs ou déceptions. Motus. Et puis après tout, on s'en fout, non ?
Sinon, je resigne pour un mois. Vous aussi ?

Allez, j'arrête avec mes élucubrations. Je me concentre sur les vrais, gros non-événements de la semaine à venir :
- la Saint-Valentin : haaaaan j'aime pas ça. C'est pas un truc de fille désespérée, hein, c'est juste nul. Anti-romantique et souvent vulgaire. Toutes ces publicités de lingerie dans la rue, tout ce rouge partout (mal aux yeux), ces coeurs dans les vitrines (mal au mien), ces fleurs achetées vite-vite-le-14-mais-surtout-pas-le-15-ou-le-13 (quand même beaucoup mieux, le 13). La Saint-Valentin, pour moi, c'est un peu comme la Journée de la Femme, quoi. Au secours !
- l'annonce de la candidature de Nicolas Lasarkozy (cf article Sarkoshow). On me dit dans l'oreillette que ce grand moment de l'histoire de la 5e République pourrait être mercredi soir dans le JT de TF1. Ca tombe bien le mercredi soir, je suis à mon cours de yoga. Enfin je ne fais pas encore de yoga mais je pourrais m'y mettre, tiens. Sans rire, je regarderai ça, comme toi, lecteur, et puis toi, aussi, là-bas, derrière. Youpi !

A très vite,

Pau.

9 févr. 2012

Cache cache ta justice !

Ce soir, place à un invité, journaliste. Ca tombe bien, je n'avais pas d'inspiration. Ca tombe bien surtout, il a plein de choses à dire, du talent à revendre, et une capacité d'indignation intacte. Aujourd'hui, il nous raconte une partie de cache-cache avec un ancien ministre. Ca vous dit quelque chose ?
Enjoy et à très vite !
Pau.



Je m'appelle Etienne W. Je suis un citoyen. Un type, quoi. Un justiciable, un témoin, qu'importe.
Je suis convoqué par un juge d'instruction. La lettre - reçue en décembre - précise que ce monsieur G. veut m'entendre ce mercredi matin. J'ai un peu la trouille, c'est pas commun d'être convoqué par un juge. Alors ce matin-là, je gare ma voiture au parking public de la place de la République. Je me rends à pied au Palais de justice.
Etrangement, le trajet entre ma place de parking et la lourde porte du tribunal me semble long ce matin. Je passe sous le portique "détecteur de métaux". Le policier contrôle mes objets personnels. Je vide mes poches. Une dame d'une quarantaine d'années me regarde gentiment. Comme si elle savait. Comme si mon désarroi transpirait. A présent, je patiente devant le bureau des renseignements. Le coeur un peu lourd. Je demande poliment à la standardiste où se trouve le bureau du juge d'instruction. Mes jambes tremblent un peu. Et puis j'y vais. Je suis inquiet. C'est pas drôle d'être soupçonné. J'ai les mains moites. Un jeune homme visiblement convoqué aussi me jette un regard complice. Il semble me dire : "t'en fais pas mec, ça va bien se passer". L'escalier est large, froid. Tiens, mes mains sont froides aussi. Je suis un justiciable. Je suis un citoyen.
Et me voilà "entendu par un juge d'instruction". Je ne vous préciserai pas les motifs de cette audition, c'est une autre histoire.

Je m'appelle Eric U. Je suis un citoyen. Je suis député, aussi. Et je suis maire d'une commune de la région parisienne. Je suis convoqué par un juge d'instruction. Mon avocat m'a précisé les issues possibles de cette grosse affaire qui me ronge les nerfs depuis presque deux ans. Je risque d'aller en prison, un jour. Alors je suis angoissé, je dors mal.
Quelques jours avant ma convocation au tribunal de Bordeaux, je réunis mon staff à mon bureau parisien, avec mon avocat et l'officier chargé de ma sécurité. Je leur fais part ouvertement de mon souhait de ne rencontrer aucun journaliste, et surtout de ne croiser personne - absolument personne - au tribunal avant et après mon audition dans le bureau du juge bordelais. En liaison avec le parquet de Bordeaux, la personne en charge de ma sécurité organise ma venue à Bordeaux, et me garantit que mon arrivée et mon départ du Palais de justice se feront dans la plus grande discrétion.
Ce mercredi matin, une voiture avec "mon" chauffeur m'attend à l'extérieur de l'aéroport. Entre l'avion et la voiture, je marche vite. Heureusement, je ne croise personne. Je monte dans la grosse berline noire.
Mon chauffeur me rassure, et m'explique que tous les policiers du Palais de justice sont prévenus. D'après mon avocat, qui m'accompagne, des journalistes attendent devant toutes les entrées du tribunal. Mais je ne veux pas qu'on puisse me voir, moi !
J'ai les mains moites.
Mes jambes tremblent un peu. J'espère que tout le dispositif mis en place par la police va fonctionner.
Nous approchons du tribunal. Mon chauffeur me dit que les vitres de la voiture sont suffisamment teintées, que personne ne peut me voir. Au plus profond de moi même, je me dis que ce n'est pas très normal tout ça. Je ne suis pas un mauvais type. Et pourquoi aurais-je le droit de me cacher, moi ?  Enfin, c'est appréciable tout de même. Devoir affronter les regards, croiser des journalistes, je n'en serais pas capable. Je suis député, quand même. Je dois être irréprochable, moi.
Ma voiture approche à vive allure.
Au loin, je vois la porte électrique du tribunal qui glisse lentement. Ça y est, elle est ouverte ! Mon chauffeur me dit de ne pas m'inquiéter, des voitures "leurres" ont été prévues aux autres portes pour déjouer les journalistes. Nous nous engouffrons à l'intérieur. J'ai eu le temps d'apercevoir deux photographes sur le trottoir.
Je sens la sueur sur mon front. Dans mon dos aussi.
Mon avocat m'affirme que personne n'a pu me voir. Je suis rassuré. Un huissier du tribunal m'accueille dans le couloir souterrain. Il m'accompagne jusqu'au bureau du juge d'instruction.
L'escalier est étroit. Etouffant. Tiens, mes mains sont froides. Je suis un justiciable. Je suis député de la République.
Et me voilà "entendu par un juge d'instruction". Je ne vous préciserai pas les motifs de cette audition, c'est une autre histoire.

Le procureur de la République de Bordeaux, interrogé au sujet de ce qui apparaît aux yeux de tous comme un traitement de faveur, explique qu'il n'est - je cite - "pas au courant", que la police "fait ce qu'elle veut", et qu'un député peut demander à être " protégé pour sa sécurité ". Sa sécurité ? Quelle sécurité ? Caché dans un tunnel souterrain, dans une voiture de la République, mais pourquoi ? Pourquoi organiser une mascarade avec des "fausses" voitures aux différentes portes du tribunal ? Tous les justiciables peuvent être accompagnés par un policier à leur demande. Et tous - tous les jours - empruntent les escaliers publics. Sans "danger".
Mais un ancien ministre, député, a visiblement le droit à la discrétion. Le droit de disposer de la police nationale, de dizaines de policiers, même.

De se cacher pour ne pas sentir le poids de la justice, comme le poids des regards.

Antoine.

7 févr. 2012

Au secours, il neige dans ma télé !

Je lance cet appel vibrant depuis mon feu de cheminée. C'est l'hiver, il fait froid, trop froid. Une banalité affligeante. On dirait qu'il y a pas mal de choses qui ont décidé d'hiverner ces derniers jours (ou d'hiberner, c'est comme vous voulez, on va pas débattre de ça, hein ?). Par exemple le souci de la hierarchie de l'info de certains journalistes. Le bon sens de Claude Guéant. La modestie de Madonna. La crise. Et puis moi. D'où la cheminée, un peu d'infos cathodiques et quelques appels au secours.

Alors qu'est ce qui peut bien nous affoler comme ça à chaque flocon ?
C'est sympa, la neige. Les bruits étouffés, le temps qui ralentit, la pureté de l'horizon, les gens contents. Et là, dans nos journaux télé, breaking news, alertes météo, flashs spéciaux, cartes et chiffres à tout va... On devient barjos, non ? On ne pourrait pas juste se réjouir de ce retour en force de la nature, un petit but lors de son jubilé, son match de gala contre le réchauffement climatique. Non ? Tant pis.
Me voir infligée trois (4?) envoyés spéciaux en forme de glaçon, dans le JT de 20H (peu importe la chaîne, c'est la même chose partout), frigorifiés, nez rouge et cheveux dans le vent glacial, qui n'ont d'autre info à donner que la température de l'endroit où ils se trouvent ce-matin-ce-soir-et-vraisemblablement-demain. Subir les leçons de vie du reporter qui recommande de boire boissons chaudes et de se couvrir la tête. Ingurgiter 20 minutes de voitures sur le bas-côté, de dépanneurs overbookés avant d'avoir enfin accès à quelques bribes d'informations. Je dis STOP !
Je ne dis pas que je ferais mieux, si j'étais rédactrice en chef d'un 20H. Mais j'ai envie de voir une vraie enquête sur l'accueil d'urgence des sans-abris, et les raisons pour lesquelles tant de démunis (notamment les femmes) les refusent encore. Je suis curieuse de savoir comment travaillent la SNCF, les aéroports, pour que des vols et des trains soient encore bloqués 24h après les chutes de neige, en France en 2012. Je rêve qu'un journaliste aille demander à des responsables religieux ce que eux et leurs ouailles (de toutes confessions) qui prônent tant la charité mettent en place pour affronter ces grands froids. Ouvrir les églises, les mosquées, les synagogues aux plus démunis, j'ai lu ça sur Twitter et je n'ai pas trouvé l'idée absurde. Ca part dans tous les sens, je sais, la neige, ça glisse.
Je me dis juste qu'il y aurait bien d'autres sujets à traiter concernant le froid et la neige dans les médias, que les pénuries de chaînes pour les voitures. Creusons-nous la tête. Help, de l'air !

Après ce weekend riche en péripéties, je pourrais aussi parler de Claude Guéant.
On pourrait disserter sur la stratégie, la communication, l'utilité de la polémique... On peut débattre du mot civilisation, des propos sortis de leur contexte. Mais pas très envie, en fait.
Il y a juste deux choses que je ne comprends pas :
-1) pourquoi l'UMP et la droite n'ont pas désavoué Claude Guéant ? Pour moi et ma modeste analyse politique, l'UMP n'a et n'aura jamais intérêt à lorgner si près l'extrême. Beaucoup de gens de droite ne se reconnaissent pas dans ses propos. Et vont finir par refuser d'être représentés par ce genre de politicien.
-2) qui conseille Guéant ? Ils l'ont privé de stratège en communication, d'expert en sujets-pour-pas-énerver-les-Francais ou quoi ?

Râleuse, je vous avais dit. Heureusement ! Heureusement, il y a eu quelque chose de drôle dans ma télé. Un rayon de soleil, hier soir. Ce n'était pas la Guerre des mondes de TF1 du dimanche soir. Quoique. Mais l'interview de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Enfin de la politique, de la vraie.

Au début, il y avait la France, et l'Allemagne. Deux grands Etats européens, deux moteurs du Vieux continent. Deux chefs d'états sauveurs de la crise. Et puis après, il y a eu les questions du journaliste de ZDF. Il m'a bien fait rigoler, lui ! Surtout au début, quand il a demandé à Nicolas Sarkozy (en gros), comment il avait fait pour mettre son égo de côté pour toutes ces négociations. Lui qui est bien connu pour en avoir, de l'égo, voulait-il dire. Ils sont peinards, les journalistes allemands, ils demandent ce qu'ils veulent quand ils veulent. Non mais, ils se croient où ? Il m'a bien fait rigoler parce qu'il posait ses questions avec un petit rictus, comme s'il s'était dit pendant la séance maquillage "Sarko, je vais me le payer ce soir, ils vont voir ce que c'est que le journalisme, les Frenchies". J'ai trouvé que notre président répondait à toute cette provocation avec beaucoup de calme et de sang-froid.
Après, j'ai pas trop compris pourquoi Sarko parlait de la guerre entre l'Allemagne et la France, les vieux souvenirs, tout ça. Parce que là y'a menace ? On m'avait pas dit...
Après, le journaliste allemand a remis ça : (en gros) "pourquoi n'êtes-vous pas parvenu aux mêmes résultats que Merkel" puis "Est-ce que vous allez demander aux Français de travailler davantage ?" "Est-ce que la France est prête à renoncer à une partie de sa souveraîneté ?" Finalement, il serait presque énervant Mr ZDF. Du coup, Pujadas s'est lancé à la rescousse de Sarko en attaquant (plus mollement, il faut bien le dire) Merkel. Je comprends mieux l'histoire de la menace de guerre entre les deux pays, ça y est...
En tout cas, j'ai trouvé Angela sympa. Chaque fois que Nicolas parlait, elle opinait du chef avec applomb et sérénité. Et quand, à son tour, elle prenait la parole, elle se tournait gentiment vers Nicolas pour savoir s'il approuvait. Tout ça était très intéressant et très cordial.

Allez, je vais me calmer en regardant la neige, qui est toujours là dans mon jardin ce matin. C'est joli.
A très vite j'espère !

Pau

ps : crédit belle photo AE. De l'air !
Et je lisais hier soir (un peu en retard, certes) un article intéressant sur Lemonde.fr à partir de témoignages d'élèves de prépas, à la suite d'une enquête de Marie Desplechin intitulée "L'enfer des prépas". Forcément, je dis "un enfer, mais commmmmeeeeennnnt ?" Pas un enfer mais pas non plus une promenade de santé. Je vous raconte tout ça dans un prochain billet. Ciao !

3 févr. 2012

Courage, Fillon !



Ou fuyons. C'est selon.
Bon, pour être complètement honnête, un déplacement de François Fillon, c'est pas très funky. On se tape pas sur les cuisses, quoi.
Tout avait pourtant bien commencé. Grand soleil, -6°. Normal, quoi.

Avant que celui-ci n'arrive, l'équipe du Premier ministre nous (trentaine de journalistes environ) a déjà briefés 6 fois, (au moins) sur comment ça doit se passer, les lignes jaunes que l'on ne doit pas franchir, les salariés qu'on ne doit pas gêner, les batteries qu'on ne doit pas renverser (oui, parce qu'en fait, FF -pas Follow Friday hein, François Fillon himself- visite une entreprise d'excellence, qui fabrique des batteries au lithium ou un truc dans le genre), les VIP qu'on ne doit pas importuner, là où les photographes pourront se placer, et où les caméras ne seront pas conviées. Bref, soyez journalistes, mais soyez sympas.
C'est balisé, c'est propre, rien ne dépasse. FF arrive, il a l'air sympa, calme, tension correcte, chaussures nickel, brushing parfait, manteau Gant bien ajusté. La visite commence, la vie de l'entreprise s'arrête. Et tout le monde regarde passer, médusé, le cortège en blouses blanches. Ah oui, Alain Juppé est là aussi. Puis le préfet. Et le Directeur départemental de la sécurité publique, le boss des policiers. Et tous les élus locaux aussi. Ah et puis y'a Laurent Wauquiez aussi, tiens, je l'avais pas vu.
Visite nickel, question polie de François Fillon, réponse qualifiée du responsable de l'usine. Question, réponse. On visite. Mais y'a vraiment rien à se mettre sous la dent ou quoi ?
On tente une petite question au Premier Ministre. Il ne répond pas. Mais en fait, il ne nous regarde même pas. Nous voit-il ? Sa communication est juste archi verrouillée. Rien de très moderne, en somme.

Franchement, on s'ennuie.
Je me dis "et si je faisais dédicacer un soutien-gorge Lejaby à Laurent Wauquiez, tiens ?" (pas un à moi, hein). Comme ça, juste pour rigoler, pour détendre un peu l'atmosphère. Non ? Bon.
(Calmons-nous, les gens, je ne me moque pas du cas des salariés de Lejaby, hein, c'était juste une blague...)

La journée continue. Aucune ride n'est encore apparue sur mon visage.
Forcément, je ne fais pas partie du bus des journalistes. Ni du cortège ministériel, bien sûr. Je dois donc filer un quart d'heure avant la fin de la première visite, pour être sûre d'être à l'heure à la deuxième étape. Parce qu'évidemment, si je sors mon girophare et que je fonce sur les boulevards, je risque de me faire engueuler, moi.

CCI de Bordeaux : quelques centaines de costumes cravates et de talons mi-hauteur attendent sagement. La musique est grooooovy. Mais si, je vous jure, c'est pas mal, étonnamment. Pas de quoi danser, faut pas pousser, c'est François Fillon quand même. (plus tard, en passant devant la régie son, que vois-je ?? le CD de Katie Melua ! ahahahah !)

Toute la bande arrive, le public se lève, applaudit. Mollement. Ce n'est pas non plus un triomphe rock and roll. En fait, les gens sont crevés. Mais oui, c'est donc ça, ils ont regardé l'émission de France 2 jusque très tard hier soir !

Discours. Chauffeur de salle qui demande d'applaudir (Nan je déconne). Discours. Pfffff. Ah ! Une mini-blague de Fillon ? Non, j'ai mal compris, il s'était juste trompé dans son discours. Drôle. Je vous épargne les filières d'excellence, le grand emprunt et tutti quanti. On n'est pas encore tout à fait dans le meeting de campagne survolté. Message : le gouvernement est au travail, lui.
Breaking news : personne ne s'est endormi, cette fois.

10 minutes avant la fin, je file vers la mairie. Le quartier Saint-Pierre est complètement assiégé. Les petites rues piétonnes sont saturées de flics arnachés jusqu'au cou. On ne voit que leurs yeux, mais a priori, ce n'est pas à cause du froid. C'est bon, tout est UNDER CONTROL !
Devant la mairie, une belle brochette d'une vingtaine de RG (comprendre Renseignements généraux) ou policiers en civil guette. François Fillon arrive aussi à la mairie (quel récit haletant je vous fais là, ne me remerciez pas !), toujours aucune réponse à nos questions bien moins effrenées. L'équipe municipale de Juppé l'y attend (même les opposants Respaud et Hurmic !).
Là, ça devient plus drôle. Parce que Juppé et Fillon jouent du "TU" en voulez-vous, en voilà. Parce que François dit "la voix de la France, c'est la voix d'Alain Juppé". Parce qu'Alain dit à François qu'il a été très bon hier soir. (Clap clap clap). Parce qu'un adjoint râle : "quand ils vont déjeuner à la Tupina, ils pourraient inviter les adjoints aussi..." Parce que François dit qu'Alain aime Bordeaux quand il est à Paris aussi. Parce qu'ils disent en coeur qu'ils ne se sont jamais disputés (sauf peut-être une mini-fois sur l'Europe). (vous entendez la musique, là ?)
S'ils sont si amis, on se demande bien pourquoi François n'est pas venu plus souvent voir Alain à Bordeaux. La campagne doit être lancée, un peu, quand même. Non ?

François et Alain s'en vont (à la Tupina, donc). Trois bouteilles (Haut-Brion, Yquem et Margaux, cadeau de la maison Bordeaux) sous le bras de François, quand même.

Echange capté au hasard de la journée, deux inconnus à propos de Fillon : "il était comment ?" Réponse : "Egal à lui-même."

Bon week-end à vous !

Pau.

ps : Vu le film Poupoupidou - Bouh. Pas aimé. Trop de parallèles, trop gros et trop faciles. Trop d'approximation. Pas assez de drame ? Ca m'a quand même donné envie de relire des choses sur Marylin. Bientôt...

1 févr. 2012

Fille à papa


Alleeez, on se bouge ! Je sais qu'il fait un froid de canard, à ne pas mettre un orteil dehors, mais l'expo dont je vais vous parler vaut vraiment, VRAIMENT la congélation.
(Je sais bien que vous êtes comme moi, que vous repoussez à chaque fois, si bien que vous finissez toujours par passer la date limite et louper l'événement. Comme je vous comprends ! Mais on enfile son Damart et on se bouge les fesses.)

La Base sous-marine de Bordeaux expose Pierre et Alexandra Boulat, le père, la fille, deux très grands photo-journalistes, qui ont traversé le siècle via ses soubresauts, ses régions en guerre, ou ses héros anonymes. Avec quelques années d'écart. Reporters sans frontières avait déjà consacré son album de septembre au duo de photographes : "Pierre et Alexandra Boulat, 100 photos pour la liberté de la presse". J'avais déjà adoré et l'avais acheté. On retrouve exactement les mêmes photos sur l'expo bordelaise, mais on les redécouvre complètement, l'émotion en plus.

Déjà, j'adore la Base sous-marine. Les perspectives. L'espace, l'atmosphère emplie d'histoire. Les battements d'ailes des mouettes (je suppose ?), qui résonnent et le bruit de mes pas qui claque. Les reflets rouges dans l'eau. Les plafonds qui suintent. Le pont en bois qui vibre sous mes pieds et sous les assauts des rafales du vent glacial. J'ai souvenir là-bas de photos magnifiques, de musique qui emplit les lieux, ou de soirées déjantées.

Là, c'est l'histoire qui est partout. Pierre Boulat (1924-1998) a entre autres collaboré avec France-Dimanche, ELLE, Life Magazine, Time, Paris-Match. En 1955, il est le premier journaliste occidental en URSS depuis la guerre ! Idem en Chine depuis la Révolution en 1964. Un pro de la trempe des Cartier-Bresson, Capa, Doisneau ou Pavlovsky. Il a légué à sa fille sa passion et son talent. Alexandra (1962-2007) a couvert tous les plus grands conflits : israelo-palestinien, ex-Yougoslavie, Kosovo, Irak. Voilà, encore une femme qui a de quoi me faire complexer pendant des années. Une journaliste, vraie de vraie. A ceux qui me parlaient lors d'un article précédent (Voir Petit Journal : l'entarteur encarté) d'ouvrir le débat sur la définition du véritable journalisme, eh bien je crois qu'on y est, dans le débat. Et dans le véritable journalisme ! Pas besoin de mots, souvent.

Allez-y ! Flâner dans les années 50, avec Piaf ou des artistes bohêmes, à l'heure du chabrot dans une famille modeste, ou en Algérie avec De Gaulle. Pleurer avec les mères voilées sur les morts de la Cisjordanie. Dîner avec Truman Capote. Revivre la chute de la statue de Saddam Hussein à Bagdad. J'ai adoré les parallèles révélés entre le travail du père et de sa fille. Avec lui, on se souvient d'un mariage traditionnel français, dans le Berry en 1945. Avec elle, on fait la fête dans un mariage à Kaboul. J'ai été émue par leurs séries de photos sur Yves Saint-Laurent. Pierre était dans les coulisses du premier défilé du maître, Alexandra dans celles du dernier !

Leurs photos sont incroyables ! Ce ne sont pas seulement des instants, mais un regard, une composition. Parfaite. Dans le coin, en haut à gauche du portrait légèrement décadré des militantes du Hamas, les éclats de balles.

Voilà, j'ai eu la chair de poule tout au long de l'expo, et pas parce que ça caillait, je vous assure !

Quand on voit tout ça, on est un peu jaloux (plutôt carrément admiratif) d'imaginer la carrière, le vécu de tels pros. Ils font partie de la caste des grands. Un jour, peut-être, je vous parlerai d'un autre (très) grand photographe, que j'ai la chance de côtoyer et qui a vécu d'aussi folles aventures.

Ca commence juste, c'est à voir jusqu'au 18 mars et c'est gratos. Youpi !
(du mardi au dimanche inclus, de 13h30 à 19h - Boulevard Alfred Daney)

Je vous laisse rêver à de grands voyages et reportages. Moi j'y suis !

Pau.








(clichés de l'expo et repro des photos : copyright Pierre et Alexandra Boulat).

ps : hé ! Notre Premier ministre François Fillon est en goguette bordelaise vendredi chez son ami (sic !) Alain Juppé. J'y serai et promis, je vais vous raconter tout ça.