26 févr. 2013

C'est pas de la com !

(une des nombreuses séances de travail pour Bordelaises)

La presse féminine, j'en lis des kilos. J'avoue. J'ai feuilleté/acheté à peu près tout ce qui peut se faire. Et je continue de sauver les finances des groupes de presse en consommant ELLE, Vogue, Grazia, Marie-Claire, Causette, Glamour and co. J'adore leur légèreté et j'assume. J'apprécie l'esthétisme, les belles choses qu'on y voit, les idées que ça suscite, la curiosité que ça éveille, l'air du temps que ça souffle. Mais je souffre souvent de leur manque d'engagement. La dernière page avalée, je suis frustrée. De ne pas toujours souvent me reconnaître dans le portrait de la femme qui est brossé, de ne pas vibrer, de ne pas y voir ma génération. Souvent, on frôle même le scandale tant la presse qui devrait tant nous défendre, nous renvoie à nos propres contraintes et avilissements. Parfois, on tombe dans l'excès inverse et on a presque honte d'aimer les futilités. Bref, mon magazine parfait n'existe toujours pas.

C'est de ce constat qu'est née l'aventure "Bordelaises". En septembre dernier, lors d'une conférence de presse, nous étions quatre filles, quatre journalistes indépendantes à "râler" face à ce manque, à brûler d'envie de créer enfin un mag qui nous ressemble, qui nous parle. Qui montre qu'on a toutes les épaules assez larges (n'en déplaise à un avocat bordelais pathétiquement célèbre). La mairie de Bordeaux a tendu l'oreille et nous a dit "banco", et surtout "carte blanche", pour un numéro spécial femmes pour le 8 mars. Faites-le, le magazine de vos rêves ! Forcément, c'était tentant. Comme mes collègues, j'ai beaucoup réfléchi avant de me lancer. Car travailler pour une municipalité n'est évidemment pas anodin. Etre rédacteur pour une publication municipale ne veut pas dire être journaliste. Et utiliser sa plume de professionnel pour de la communication ne peut pas être du journalisme. Face à cela, nous devons tous être terriblement vigilants, devant notamment à la multiplication de supports mi-info/mi-com, aux frontières floues, et alimentées de bonne grâce par des journalistes qui ont besoin de manger, de vivre, de travailler. De l'alimentaire, des ménages, de la com déguisée et grassement payée, ça existe, tout le monde le sait, pas mal de monde le fait. De cela, il n'était pas question pour moi. Evidemment, j'ai entendu que j'étais passée de l'autre côté (le côté obscur des méchants de la grande manipulation intellectuelle), que je ne pourrais pas faire du journalisme avec la mairie, que je devrais forcément me plier aux exigences de la structure, qu'un tel engagement un an avant des élections municipales était pure folie, que ma carte de presse allait souffrir, et moi avec. Beaucoup d'interrogations, légitimes et logiques.

Je me suis également posé ces questions. Mais je peux dire aujourd'hui et sans rougir que nous avons fait un travail de journaliste. Pour couper court aux râleurs, mauvais pensants, sceptiques et critiques faciles, voilà comment cela s'est passé : c'est la mairie qui a géré la pub, le graphisme, l'édition, la partie commerciale. C'est l'équipe composée des quatre journalistes féminines qui a proposé les sujets. Nous n'avons subi aucune censure, quelques idées ont été retoquées, d'autres discutées, ni plus ni moins que dans un journal classique. Nous avons mené nos reportages, entretiens sans que la mairie n'intervienne d'aucune façon, ni dans les interlocuteurs choisis, ni dans les angles d'article retenus. Aucun mot, aucune virgule n'a été changé. Nous nous sommes investies, beaucoup, et avons travaillé avec autant de liberté que nous l'avons souhaité et demandé dès le début. Peut-être plus que pour certaines publications pour lesquelles j'ai déjà écrit. A aucun moment, je n'ai eu l'impression, la sensation de travailler pour un outil de communication politique. Alors certes, je ne suis pas naïve, enfin je me soigne alors je le suis moins. Je suis bien consciente que la mairie a trouvé et trouvera sa part et son bénéfice, notamment en terme d'image, dans un tel projet. De mon côté, j'ai pris du plaisir à le faire, à rencontrer des femmes exceptionnelles, passionnantes. Comme nous le disons dans l'édito, ce n'est sans doute pas le magazine parfait. Celui-là trône encore quelque part au fond de ma tête. Mais c'est un joli projet mené avec coeur par une troupe de filles motivées. Qui a une certaine idées des femmes et du féminisme. Qui parle de vous, je l'espère, et puis un peu aussi de nous toutes.
Ecrire pour une mairie, une collectivité, une agence de com, ça ne DOIT pas être la règle, le réflexe un peu facile et gagne-pain de notre métier, qui doit rester farouchement indépendant. Mais ce fut une jolie exception.

Et puis tant qu'on y est, et puisqu'il paraît que les réseaux de femmes fonctionnent particulièrement bien à Bordeaux, je vous invite à venir découvrir et récupérer Bordelaises demain mercredi 27 février de 17h à 19h à l'Hôtel de Ville de Bordeaux. C'est une belle occasion de rencontrer du monde, d'échanger entre filles mais pas que. C'est ouvert à tou(te)s et j'espère bien vous y croiser !

A bientôt,

Pau.

ps : Bordelaises, c'est gratuit, à partir du 27 février, à venir chercher en mairie ou autres lieux municipaux.

21 déc. 2012

C de la com !

Hello,

avec un si long silence radio, absolument scandaleux, je me rends bien compte qu'A fleur de Pau ne sera sans doute pas LE blog de l'année 2012... Ce n'est pas grave, ne baissons pas les bras, prenons des mesures concrètes, soyons efficaces, rentabilisons le temps (eh oui, parce que c'est bien ça le problème, hein, ce n'est pas que je vous aime pas), enfin bouge-toi, Pau !



Bref, j'avais envie de vous raconter une petite histoire vieille d'une semaine (bouhhh...), lorsque j'ai eu la chance de rentrer dans les ateliers du Père Noël. Afin d'aller chez Cdiscount, quoi. Dans toutes les rédactions de Bordeaux et de Navarre, nous recevions il y a quelques semaines, un petit courrier nous informant de la venue de Fleur Pellerin en Gironde, et de sa visite des locaux de la boîte n°1 française de e-commerce. Alors il faut savoir que Cdiscount, c'est l'antre secrète, le no-man's land journalistique, le défi. A de très nombreuses reprises ces dernières années, des collègues ou moi avons sollicité le service communication de la boîte. Je ne vous cache pas que les lourdes rumeurs de tensions sociales et de conditions de travail pas très nettes nous avaient un peu motivés à solliciter des autorisations de tournage. Parfois, sans aucune malveillance journalistique, nous avons souhaité faire des sujets sur le boum du e-commerce, la réussite de boîtes françaises etc. Portes closes. Zéro communication. Zéro explication. Impossible de montrer un bout d'orteil chez le géant du net. Alors là, invités, on s'est tous dit : chouette, on va enfin pouvoir voir... ce qu'ils vont bien vouloir nous montrer !
Quelques minutes avant l'arrivée de la ministre, sous la pluie, un responsable de com à l'écharpe bien serrée nous prévient illico : vous rentrez, vous faites vos images, mais vous ne posez pas une question aux dirigeants. Alors là, on se rebelle vous voyez, genre "nous, on est journalistes, on ne nous convoque pas monsieur, et on ne nous dit pas ce que l'on doit faire" "si vous nous sollicitez, vous nous parlez" "on n'est pas venus pour rien" (sympa pour Fleur, vous l'aurez remarqué). Un collègue s'en va, son micro sous le bras, en les traitant de.....biiiiiip. Non mais pour qui ils nous prennent ? Entre nous "hihihi, c'est bon, on fait ce qu'on veut, on va aller le voir, le patron".

Bon, on rentre quand même. On fait nos images. On abandonne le cortège ministériel pour filmer à tout va. On s'en fout de la visite, on veut juste faire notre sujet sur le commerce en ligne avant Noël. De véritables gamins indisciplinés. Les attachés de com sont agacés, nous rappellent à l'ordre, nous demandent de ne pas traîner, de ne pas parler au personnel si possible. A la fin, petit pitch du big boss, l'homme qui valait 1,2 milliard, qu'ils disent. "Nos magnifiques résultats..." bla bla. "Record de colis expédiés..." bla bla. "croissance à deux chiffres..." bla bla "honorés de votre présence Madame la ministre..." bla bla. Petit mot de la ministre. Nous nous jetons ensuite sur le fameux boss qui se met alors à hâter le pas et nous ignorer. Regard baissé, mains pour se cacher genre Kate Moss, "non" bredouillant, directeur de com qui tente de s'interposer, ministre gênée, big boss qui fuit face à la peste de la presse qui l'assaille. Révoltés, on se venge sur la ministre qui elle, est bien là pour communiquer. Elle doit partir, le patron revient pour la raccompagner. Il nous évite, quelques journalistes le coincent entre les petits fours et leurs objectifs, l'un deux s'acharne avec ses questions, crie plus fort que la com, et là, acculé, un son chevrotant sort de sa gorge nouée. Il nous dit quelques banalités, un véritable communiqué de presse en version vocale. Ah ah, on l'a bien eu, on l'a gagné notre son ! Bon, on n'a rien appris, on n'a rien pu demander non plus, tout ceci ne fut qu'une minable opération de communication ratée, mais bon, c'est nous qui décidons, tout de même !

Cette petite anecdote pour dire quoi : comment aujourd'hui en France et dans notre société de communication, une boîte qui fait des milliards de chiffre d'affaires peut-elle encore se refuser à parler à des journalistes qu'elle a elle-même acceptés de recevoir, voire invités (ça ne se passerait pas comme ça aux States, moi je vous le dis) ? Au final, leur plan com est-il planté ou implicitement réussi ? Après tout, personne n'a réellement pu raconter le ridicule de la situation et de l'attitude des dirigeants. Et dans quelle mesure, nous journalistes, devons-nous dénoncer ce genre de manipulation ? On nous invite, a priori, c'est pour que nous puissions travailler, et parce que le sujet, le lieu ont un intérêt, une actualité. Mais on ne nous parle pas (pour ne pas être confronté aux questions qui dérangent), et on ne nous montre que ce que l'on veut bien nous montrer. Doit-on protester et partir, avec notre micro sous le bras, en les traitant de....biiiiip ? Doit-on rester, pour tenter de faire notre métier, tenter de raconter quelque chose, de creuser derrière la façade (facile, évidemment, en 45 minutes d'une visite menée au pas de charge) ? Doit-on carrément boycotter ce genre de barnum médiatique ? Doit-on insister, comme certains l'ont heureusement fait (et même pour pas grand chose), juste histoire de dire que notre métier, c'est encore de poser les questions qu'on veut à qui l'on veut, et encore plus aux puissants ? Et est-ce que tout le monde est tenu de nous répondre ?

Nous avons de gros problèmes et de grands questionnement, me direz-vous...(je sens que vous avez envie de me le dire !). Mais le débat est réel, dans ce genre de situations comme lors des innombrables visites ministérielles, communications politiques, portes ouvertes, invitations, et autres sollicitations de médias. Je sers la soupe, parfois, comme tout le monde. D'autres fois, je zappe. Mais je me pose toujours la question. Ouf ?

Très belles fêtes à tous <3 <3

Pau.

ps : bon ben du coup, la photo, ce sont les pieds des dirigeants and co. A défaut de pouvoir les écouter, on se contentera de leurs chaussures.

24 oct. 2012

L'île des fous

L'aventure était bien belle. Celle de coureurs, de femmes et d'hommes qui vont au bout d'eux-mêmes, et celle d'un défi professionnel : monter de A à Z une chaîne télé à l'autre bout du monde et la faire vivre pendant quatre jours. Le tout dans un décor pas exactement hostile mais... difficile !
Voilà, c'était le Grand Raid 2012, et c'est ma pépite de l'année, l'une des raisons pour lesquelles je chéris mon statut de pigiste et toute la liberté de projets qu'il m'offre.


Allez, je vous explique. Depuis quatre ans maintenant, je m'envole au mois d'octobre pour le soleil de l'Île de la Réunion, pour couvrir le Grand Raid, une course de dingues joliment surnommée La Diagonale des fous. Parce que c'est sans doute la plus difficile du monde, la plus incroyable. Un trail de 170 km, plus de 10 000 mètres de dénivelé positif, une traversée de l'île, ses milieux, ses sentiers boueux, ses cirques sublimes, ses villages retranchés, ses montagnes hautes, dans la chaleur étouffante du bord de mer, dans le froid glacial d'une nuit au Volcan du Piton de la Fournaise. Le tout en un peu plus de 24h pour les plus barjos, presque trois jours de souffrances pour les plus jusqu'au-boutistes.
Pour l'occasion, Canal + dédie une chaîne à l'événement, et c'est une boîte bordelaise qui en assure la production. The pourquoi.

(antenne satellite pour les directs)

Nous voilà donc partis dimanche 14 octobre, chargés comme des mules à l'aéroport de Bordeaux, matériel télé, crèmes solaires et manteaux chauds pour affronter les éléments. Il y a surtout tout pour créer une antenne de toutes pièces, et ça, je peux vous dire que ça fait quelques bagages.
Tournage et montage de portraits, enregistrement d'émissions, d'interviews, installations d'antennes paraboliques dans la montagne pour suivre en direct la course. Nous voilà presque prêts...
Jeudi 22h, le départ de la course est donné, 2800 affamés se lancent à l'assaut du volcan, de nuit. Ils sont fous, je vous dis. Tous mes collègues journalistes sont placés sur le parcours, ils vont faire nuit blanche et attendre les coureurs qui ne vont pas dormir non plus ! De mon côté, je suis "roue de secours". Chaque édition, des problèmes techniques nous empêchent de retransmettre le départ en direct. Cette année encore, et si l'antenne lâchait ? Il faut s'imaginer que ce n'est pas le tour de France, hein... C'est une île, avec ses reliefs incroyables, ses capacités techniques limitées, son instabilité météorologique incroyable. Alors il faut composer. Et je prends l'antenne, si besoin. Stress que tout casse, que je doive être en direct, assurer, meubler. Tout se passera bien ce soir, les téléspectateurs ont bien eu droit à leur départ en direct.
Le lendemain, me voilà, chanceuse, partie pour le Piton Maïdo, l'un des nombreux sommets de cette course (2200 mètres), une étape décisive, nouvelle, après 120 km de course, et avant les 50 derniers. Avec vue sur le cirque de Mafate, grandiose, majestueux. Au lever du jour, c'est l'endroit au monde où j'ai le plus matérialisé le concept de rayons du soleil. Des rayons presque physiques, qui inondent et transpercent le jour. Beau à en pleurer. Là nous avons passé deux jours, avec les trois techniciens/collègues, les bénévoles (qui campent ici pendant trois jours pour ravitailler les coureurs), à guetter les meneurs, les belles histoires et moments émouvants. Quel soleil, quelle aventure ! J'ai couru après tous ces fous, filmé, fait des directs, craché mes poumons un peu moi aussi...

(vue depuis le Maïdo)

Je pourrais vous parler de Kilian Jornet, le vainqueur qui dans sa course contre la montre incroyable, a pris 20 minutes pour s'assoir au milieu de ses fans qui avaient marché une heure pour le voir passer, récupérer quelques forces, signer des autographes d'une main tremblante et vidée. De sa gentillesse et sa patience pour répondre à nos questions, avec déjà 120 km dans les pattes, juste trois marathons... De sa gueule d'enfant, et de sa bouche entourée de chocolat, ingurgité à la va-vite, un peu de sucre pour ne pas tomber.

Ou de Iker Carrera, Joe Grant, Michel Lanne, les autres favoris, qui ont vomi, souffert, lutté, violenté leur corps, grimpé, pleuré, puis finalement abandonné.

(au milieu Iker Carrea, un des favoris, à droite, Eric Lacroix, magic consultant pour Canal +, à gauche, je ne sais pas.)

Vous parler d'Emilie Lecomte, première féminine, qui termine dixième de la course (face aux hommes, un exploit jamais réalisé !), et qui me répond en souriant, en plaisantant, qui me donne rendez-vous à l'arrivée en riant. Qui est fraîche et belle comme le jour alors qu'elle s'enfonce seule dans la nuit.

Vous parler aussi de Sébastien Buffard, qui lorsqu'il arrive au poste où nous nous trouvons, est 5e (un exploit !) mais complètement épuisé. Sa femme l'attend, le raisonne, l'encourage. Il pleure dans ses bras. "Je ne pensais qu'à une chose, te retrouver", lui glisse-t-il. Pendant 20 longues minutes, ils discutent. Tout le monde pense, est persuadé qu'il va repartir. Puis il se lève doucement et annonce son abandon. Les bénévoles crient, l'encouragent, l'engueulent presque. Mais le Grand Raid est trop difficile, vraiment trop difficile cette année.

Du froid, de l'humidité, de la brume, qui vous envahissent sitôt le jour tombé. Mais vu le coucher de soleil auquel vous venez d'avoir droit, vous excusez la polaire et le bonnet. Et puis un peu de frais fait du bien, sur les coups de soleil.

De ces gars, les pieds en sang, le regard hagard, le corps tremblant, avec 45 minutes de sommeil en deux jours dans les pattes, qui décident de repartir.

Vous parler de ce coureur décédé cette année d'une chute de 30 mètres dans un ravin. Quand je vous dis que cette "course" est folle. Il était en course depuis 25 heures et avait fait la moitié du chemin. Et cet autre coureur qui pleure en racontant qu'il a appelé les secours.

Des galères de tournage et de matériel, caméra sans son (et l'on s'en rend compte quand on a fini de tourner le sujet bien sûr), logiciel de montage qui ne marche pas, chutes en filmant les coureurs (qui laissent des traces). A 2200 mètres d'altitude et une heure de la première route, tout devient plus compliqué.

Vous raconter cette nuit passée à attendre les coureurs (pas toute la nuit, hein !). De ces musiciens qui pour donner du courage aux raideurs s'installent face au grand vide noir de la montagne, au bord du ravin et qui jouent. "Ils nous entendent à des kilomètres, pendant qu'ils grimpent, et ça les motive". Et ces gens qui inlassablement, toute la journée, encouragent chaque coureur qui repart.

Ou alors de Gilsey Félicité, coureur rencontré pour un portrait avant le départ. Il le sait bien, qu'il n'est pas tout à fait au niveau des fusées, des favoris, mais il rêve secrètement de gagner ce Grand Raid. Parce que c'est l'édition des 20 ans. Parce que lui est Réunionnais, et un gars d'ici qui gagne, ce serait toute une île qui exulte.

Et puis il y a eu Jean-Pierre Charron. Il était le doyen cette année. 71 ans, vous le croyez ça ? Et en plus, c'est lui qui a créé le Grand Raid il y a 20 ans. Pour son ravitaillement, il s'était préparé des sandwichs banane-nutella. Miam, ça m'a presque donné envie de me lancer tout ça ! "Le mental est là, c'est sûr, j'ai peur que mes jambes ne suivent pas", me confiait-il la veille du départ, ému aux larmes. Il a abandonné avant le premier poste de ravitaillement. Mais il sera là l'année prochaine, il l'a promis !

Vous parler de cette île, de la gentillesse incroyable de ses habitants, de leur joie communicative. Vous dire que désormais chaque année, elle me manque.

Et vous raconter aussi les femmes et hommes qui passent la ligne d'arrivée en pleurant. Sitôt franchie, les jambes sont coupées, le mal est partout. Il leur faudra des semaines, des mois pour s'en remettre, mais ils s'en foutent, ils ont réussi, eux (près de 50% des 2800 partants ont abandonné cette année). Ils sont des survivants, comme on dit ici.

Voilà, je ne suis pas une fanatique du sport, une admiratrice de la performance physique. Mais le Grand Raid, c'est un peu plus que du sport. Professionnellement, c'est une aventure incroyable, un défi. Sur le papier, tout semble impossible. Mais on l'a fait. Et on fera encore mieux l'année prochaine, j'espère ! Humainement......... j'en suis encore toute retournée.

Allez, si tout ça vous a donné envie d'en voir, d'en savoir plus, voici le lien de l'antenne (où le live est fini, mais il reste quelques reportages des éditions précédentes):
http://www.canalplus.fr/c-sport/c-autres-sports/pid3644-c-grand-raid-videos.html

et de la course :
http://www.grandraid-reunion.com

Je vais dormir quelques heures et je reviens !

(pause sandwich entre deux tournages. Hé oui, aussi...)

Pau.

12 oct. 2012

I have a dream...


Ben oui, le prix Nobel de la paix version 2012 m'agace... Non mais l'Union européenne. Franchement.
Déjà, je dois avouer qu'en 2009, le choix de Barack Obama était resté pour moi une énigme. En même temps, me direz-vous, personne à Oslo ne me demande mon avis.

Mais s'il y a bien une décision, un barnum mondial, une institution qui doit nous mettre des étoiles dans les yeux, c'est le Nobel, non ?

Il est vrai qu'en ces temps de crise économique, l'Union européenne est un élément de stabilité, de confiance, d'espoir. Elle unit les pays dans un même élan de solidarité et d'action. Elle apaise les peuples. Y'a qu'à voir les Grecs, heureux lors de la visite de Merkel. Justement ! me direz-vous ! Il faut faire un geste dans le sens de la réunification, réaffirmer cette institution qui a fait beaucoup pour la paix (bon, à partir de 1957 surtout) et qui, à l'heure où elle n'a jamais été si remise en question dans son histoire, a besoin  d'un geste fort et symbolique pour rappeler ses principes fondateurs. Pour re-dire à tous ses citoyens qu'ils font partie de cette grande aventure de pacification, et qu'ils en portent la responsabilité aussi. Mouais ouais. Ils sont contents, hein, les citoyens européens. Hein que vous êtes contents ?! Bon, vous ne verrez pas un bout de couleur des 930 000 euros de récompense, mais quand même, ça claque d'avoir le Nobel de la paix ! Ah mais non, ça n'a rien à voir avec nous en fait. Alors ça doit être un truc de bureaucrates, commissaires, députés assidus au Parlement et tout ça... Oui, c'est plutôt pour eux.
Et pourtant, croyez-moi, je suis une pro-européenne tendance idéaliste, néo-désillusionniste.

Je sais pas, moi, j'avais juste envie de rêver. De découvrir des personnages, des vrais, sans attaché-case ni i-pad, qui oeuvrent au quotidien, réellement, pour la paix. Qui se lèvent le matin avec cette urgence au coeur et aux tripes. Qui risquent leur vie pour un infime message, si peu entendu. Qui révèlent au monde des combats méconnus mais indispensables. Je ne sais pas, Malala Yousufzai, par exemple, cette jeune Pakistanaise de 14 ans qui dénonce les violences commises par les talibans, attaquée par eux mardi dernier. (http://www.liberation.fr/monde/2012/10/11/pakistan-malala-yousufzai-transferee-a-rawalpindi_852477). 14 ans, franchement !  Elle n'a pas autre chose à nous apprendre sur la paix que l'Union européenne ? Peut-être même que ça l'aiderait à se remettre sur pied.
Bref, du concret, du vrai, de l'humain. Un choix qui sensibilise, un choix qui secoue.



Tant pis, on rêvera l'année prochaine. Pourtant, on en avait bien besoin, non ?

Et dire qu'ils sont déjà en train de s'écharper, là-haut, pour savoir qui va aller chercher le prix en décembre à Oslo...

Pau.

Et pour continuer le débat, article intéressant, malgré la conclusion étrange :
http://www.lemonde.fr/international/article/2012/10/12/dans-les-coulisses-du-prix-nobel-de-la-paix_1774337_3210.html

et puis...
http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/10/12/mais-qui-ira-a-oslo-recevoir-le-prix-nobel_1774601_3214.html

21 sept. 2012

# Keep cool

Cette semaine, j'ai eu envie de parler des caricatures de Charlie Hebdo. Et puis j'ai vu la déferlante. "irresponsables", "islamophobes""opportunisme""racistes"... Alors j'ai fermé ma g..... (ben oui, faut pas choquer)
Puis aujourd'hui j'avais pensé parler de corrida. Et puis rien qu'en lisant les commentaires de l'article de Rue 89 Sport (qui par ailleurs ne s'occupe ni de glorifier, ni de condamner la corrida, mais de parler d'un des rares Français qui la pratique), dont 20% à peu près étaient vraiment constructifs et intéressants, je me suis ravisée.

http://www.rue89.com/rue89-sport/2012/09/20/julien-lescarret-le-torero-francais-qui-veut-rendre-la-corrida-plus-populaire

Bref, les grands débats, ce ne sera pas pour moi cette semaine. Trop peur de me faire "lyncher" sur la place médiatique.
Mais tout de même.

Je dis qu'il faut avoir mis les pieds dans une arène pour voir ce qui s'y joue, pour parler de corrida. Il faut avoir vu les élevages en pleine nature, les cornadas, le torero blessé évacué par ses confrères, tenté de comprendre les règles et rituels pour pouvoir considérer pleinement le sujet, toute sa complexité, toute l'ambivalence qu'il soulève en nous.
Et peut-être aussi qu'il faut n'avoir jamais expérimenté le manque de liberté d'expression pour en faire si peu de cas.

Evidemment, les deux débats n'ont absolument rien à voir, je ne les mets pas sur le même plan. Je suis juste un peu choquée par la violence des réactions, des échanges qui ont davantage tendance à annihiler les débats qu'à les enrichir.

 (Heu... on peut discuter ?)


Allez, à très vite,

Pau.